AT 2024 – Jour 71 – Le poids des blessures et des pertes
Jour #71, Virginie
Appalachian Trail 2024
Distance : 21 km
Dénivelé : 841 m
Aujourd’hui, je suis arrivé à Waynesboro, une ville qui, sur le papier, devait m’apporter un répit. Pourtant, cette étape s’est transformée en un nouvel acte de cette tragédie personnelle qu’est devenue mon aventure sur l’Appalachian Trail.
Un campement bien loin du réconfort
Le camping aménagé pour les thru-hikers à Waynesboro est minimaliste (il n’est même pas sur la carte de Google), presque austère. Pas de shelter pour s’abriter, pas d’électricité pour recharger mes appareils (Il faut aller à la bibliothèque) , pas de douche sur place. Seulement un champ ouvert où chacun peut planter sa tente et un petit abri doté d’une unique table de pique-nique.
Pour se laver, une seule option : se rendre au YMCA municipale. Mais il y a une condition, presque cruelle dans son timing, puisqu’il faut s’y présenter à des heures précises. Et moi, blessé, épuisé, je dois jongler avec cette contrainte en plus de mes douleurs physiques.
Les blessures, un ennemi invisible
Mon corps, déjà meurtri par des jours d’humidité constante, ne cesse de se rebeller. Mon épaule gauche me lance, mon dos est en feu, et mes hanches ne supportent plus la pression des sangles de mon sac. Chaque pas est un calvaire. Ma peau, saturée de sueur, reste moite en permanence. Les frottements répétés sur ces zones irritées transforment la moindre pression en une douleur insoutenable.
À ce rythme, je ne suis plus qu’un fantôme de moi-même. Mon esprit commence à redouter chaque levée de camp. Et pourtant, je continue, malgré la certitude que mon corps, s’il persiste dans cet état, ne tiendra pas encore bien longtemps.
Le choc des souvenirs perdus
Comme si cela ne suffisait pas, un autre coup est tombé. En voulant sauvegarder mes souvenirs des quatre derniers jours sur le cloud, j’ai accidentellement supprimé toutes mes photos et vidéos. Tout ce que j’avais documenté de ces moments uniques, de ces paysages que j’avais conquis à la sueur de mon front, s’est évanoui en quelques secondes.
Ce n’était pas qu’une simple erreur. C’était un rappel cruel de mon état mental dégradé, une preuve tangible que la déshydratation et l’épuisement grugent mon attention et ma capacité à penser clairement.
Un moment d’effondrement
Quand je me suis rendu compte de ma perte, j’ai craqué. Les larmes ont coulé, incontrôlables, comme un torrent libéré après des jours de retenue. Ces souvenirs étaient mon refuge, les preuves que tout ce que j’endure en vaut la peine. Et là, ils avaient disparu.
Je m’en veux terriblement. Ce n’était pas seulement des photos ; c’était une partie de mon histoire. Un récit que je voulais partager, un témoignage de ma résilience.
Une douche, une douleur
Finalement, l’heure de la douche arrive. Ce qui devrait être un soulagement devient une autre épreuve. L’eau brûle mes blessures, exposant chaque parcelle irritée de ma peau à une douleur vive et implacable. Mais je persiste, car c’est une nécessité. Je sors de la douche, physiquement propre, mais émotionnellement vidé.
Un pas de plus dans l’obscurité
Ce soir, en plantant ma tente dans ce champ, je suis à bout. Chaque journée est un combat pour continuer, pour ne pas laisser le découragement l’emporter. Je m’accroche à une infime étincelle d’espoir, me répétant que demain, un nouveau jour apportera peut-être un peu de répit.
Mais pour l’instant, la solitude et le poids de mes pertes semblent insurmontables.
Avez-vous déjà vécu une situation où tout semblait s’effondrer, mais où vous avez trouvé la force de continuer ? Comment avez-vous surmonté les moments où l’espoir semblait si fragile ?
Informations
Destination(s) de la journée
Scott Mountain
2 759 ft
Bears Den Mountain
2 881 ft
Calf Mountain
2 989 ft
Jarman Gap North Peak
2 457 ft
Turk Gap North Peak
3 123 ft